L'HISTOIRE

L'Île Degaby

Le rêve accessible

Le livre d'or de l'Île Degaby

Le fortin

 

Le fortin ou tour-réduit, bâtiment carré d’une emprise de 280 M² environ au sol, est constitué de 2 grandes voûtes traversantes, le contreventement étant assuré de part et  d' autre par un ensemble de 3 voûtes perpendiculaires.

Le tout est chargé au dessus des voûtes par un massif compact de remplissage chaux et pierres afin d’assurer le blocage et résister aux bombes. Un mur parapet en périphérie de la terrasse vient aussi assurer par compression le blocage de la poussée des voûtes.

L’entrée du fort se fait façade ouest par un pont levis sur une douve sèche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Anne Hilarion de Tourville

 Musée de la Marine, Paris.

 

Sous la pièce d'entrée, on trouve la citerne à eau de récupération des eaux de pluie de la terrasse. De chaque coté de l’entrée on accédait à deux pièces et de la pièce sud on accède à la terrasse par un escalier étroit. Après l’entrée, viennent deux pièces transversales en voûte, et ensuite une série de trois pièces, dont celle du milieu devait abriter le magasin à poudre reconnaissable à sa position centrale et ces évents en chicane assurant l'aération et préservant de l' entrée des projectiles.

Le fort à été construit sous le système métrique( tel que défini à la révolution française de 1789).

Le sol du fort se situe à 5,50 mètres au dessus du niveau de Feau, la terrasse est à 10,00 mètres, le haut du parapet à 12 mètres, la hauteur moyenne du rempart est à 11 mètres.

— Georges Boursier se rend, chaque jour, sur son île qu'il veut transformer en Capri Marseillais.—

Reportage de J.B. Nicolaï.

Provence Magazine. 1965

« Ils étaient très heureux et pour y montrer ce bonheur qu'on ne saurait cacher, l'industriel offre à son égérie une île où ils chercheront le rêve à deux. «On y fera un théatre pour les muses des mers» s'exclamera Liane Degaby…

Tout le monde s'accorde à trouver le séjour enchanteur, on parle d'heures délicieuses au milieu des flots et l'azur, on consigne dans le livre d'Or le souvenir des minutes douces, d'instants ineffaçables…

Cette minuscule traversée — pour laquelle il fallait l'autorisation du capitaine de frégate, chef de l'État Major — prenait des allures de croisière idyllique, d'invitation au voyage : le soleil, les rochers, la mer… »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gouache de Raphaël Ponson

 

Il existe en longeant le littoral de Marseille sur la Corniche, entre l'ancienne Réserve et l'anse de Maldormé, un petit îlot carré servant de préambule, d'avancée, en quelque sorte, aux groupes d'îles d'If, de Ratonneau et de Pornègues qui s'étirent à l'horizon. Dans les brumes estivales, il semble posé comme un château de sable, à la portée de l'épuisette d'un géant marin.

 

Cette île s'appelle Degaby, anciennement île du Fort deTourville ou fort d'Endoume.

Elle est précédée de l'île Daume, de Doume,

qui donna son nom au village d'Endoume

avec lequel elle forme un archipel.

Des rochers de Malmousque, les baigneurs ont toujours tenté de l'atteindre de quelques

brassées de crawl ; d'un jet de seau de sable, les enfants y portent en rêve leurs trésors et leurs conquêtes. Le château d'If, juste derrière à l'ouest, majestueux, Avec sa belle forteresse, reste la citadelle inattaquable qu'ils approcheront peut-être plus tard en bateau.

 

Mais cette île, cette roche blanche qui déborde à peine du fortin, est à la fois proche et lointaine, comme le rêve peut sembler tout à coup accessible, et s'éloigner soudain ; est-ce le balancement des vagues qui crée cette magie ?

 

II faut dire qu'en matière de légendes, elle s'est posée un peu là. Bien sûr, rien à voir avec sa voisine If et ses fortifications, son comte de Monte-Cristo et l'abbé Faria, son prétendu Masque de fer ou ses prisonniers enfermés sous la Révolution.

 

Mais ce fort à l'architecture sévère, fait de belles pierres taillées dont les murailles crénelées se dressent à la fois naïves et inquiétantes, permet lui aussi bien des vagabondages de l'esprit...

 

On peut imaginer que déjà du temps de Phocée, l'île Degaby servit aux Grecs pour observer le rivage avant de choisir le Lacydon plus beau, plus grand et surtout plus abrité dans lequel la flotte phocéenne s'installerait pour y fonder Massalia.

 

Au XVIème siècle, l'île était une sorte de barbacane, une avancée maritime précédant les véritables fortifications. Elle protégeait la ville sur le flanc sud et était censée tomber la première en cas d'invasion. Louis XIV décida, afin de renforcer les défenses de la rade, d'y faire bâtir un fortin sur les restes d'un aménagement provisoire accolé à une poudrière dont le bâtiment existe toujours. On donna à ce fort, terminé en1703, le nom de Tourville, juste souvenir de l'Amiral d'Escadre qui commanda tant de batailles destinées à chasser les barbaresques hors de la Méditerranée.

 

Ah... ce Monsieur de Tourville, mort précisément en 1701, à qui Louis XIV voulut rendre hommage : un capitaine certes,mais pas de pacotille, de ceux qu'on imagine avoir largement participé aux conquêtes royales du Grand Siècle.

Anne Hilarion de Cotentin, comte deTourville, nait en 1642 en Normandie ; sa famille l'inscrit dès l'enfance dans la légende — ou plutôt dans le postulat d'Etat — par la nomination dans l'Ordre de Malte à l'âge de 14 ans. Il devient capitaine de vaisseau à 25 ans, mène, la même année, les plus courageuses batailles d'Agosta et de Palerme, sabre les mers du Sud de son héroïsme, est de tous les fronts d'Alger à Tripoli, livre l'abordage de galère à galère.

 

Sur un seul vaisseau armé en course, il soutient l'effort de six vaisseaux pendant huit heures de combat, ce qui le fait nommer, en 1677, Chef d'Escadre et Lieutenant Général des Armées Navales du Roy, à 35 ans à peine. Libérant Brest des flottes anglaises et hollandaises, il recevra en définitive le titre de Vice-Amiral des Mers du Levant en 1689. On peut croire aisément que son nom fleurit bien des Forts, des caps et des péninsules normandes, mais sa gloire méditerranéenne lui vaut le nom de cette île sur les cartes du littoral marseillais au XVIIIème siècle.

 

Et puis les siècles passent, un ou deux... Qui n'ont guère laissé de repères.

En 1861, le Fort fut réorganisé ; il présente l'architecture qu'on lui connaît aujourd'hui.

 

Encore quelques décennies jusqu'à la Belle Epoque : l'Exposition Universelle, les rêves coloniaux, qui amènent dans la cité phocéenne capitaines d'opérette, commandeurs en habit et leurs troupes d'artistes de music-hall. Quelques mois avant la guerre de 14-18, la légende veut ressurgir sur le littoral marseillais. L'île et l'eau, symbole d'ailleurs exotiques, le ressac de la mer bleue nous dira-t-il combien de marins endimanchés y amarreront leurs fantasmes pour une poignée de dollars ou les beaux yeux d'une danseuse nue ?..

L’ île aux fêtes…

 

Liane Degaby, artiste célèbre à l'aube de la Grande Guerre, avait posé très avantageusement pour la cause de la Nation.

«S'il le faut» avait-elle soupiré, drapée dans une dignité légère et invisible, le cœur offert à la paix pour les bonnes grâces de ses commanditaires républicains ou -peut- être déjà les exigences d’un impressario. Quoi qu'il en soit, elle fit un beau mariage. L'industriel marseillais, André Lavai succombe au charme de la belle Liane.

Ils étaient très heureux et pour y montrer ce bonheur qu'on ne saurait cacher, l'industriel offre à son égérie une île où ils chercheront le rêve à deux. «On y fera un théatre pour les muses des mers» s'exclamera Liane Degaby…

Tout le monde s'accorde à trouver le séjour enchanteur, on parle d'heures délicieuses au milieu des flots et l'azur, on consigne dans le livre d'Or le souvenir des minutes douces, d'instants ineffaçables…

Cette minuscule traversée — pour laquelle il fallait l'autorisation du capitaine de frégate, chef de l'État Major — prenait des allures de croisière idyllique, d'invitation au voyage : le soleil, les rochers, la mer…

 

La guerre éclate, la guerre finit, et Lavai revient, valeureux. Les séjours peu à peu s'estompent ; les pillages, le vandalisme finissent par avoir raison de l'enthousiasme de la célèbre propriétaire. Elle qui voulait léguer ce symbole de beauté à la Ville ; elle qui faisait montre de tant de charité, conclut, désespérée : «l'île sera mon tombeau». Le couple y fait ériger une croix. Le tombeau reste une énigme. A-t-il été construit ?.. Un autre pan du mystère que la légende préférera garder.

 

Aux fêtes, aux réceptions, succèdent la solitude, les décennies de sommeil, l'île abandonnée,  une deuxième guerre, le renouveau des années 60 fait nourrir des projets grandioses. Monsieur Boursier, restaurateur et homme d'affaires, voulut y installer un complexe hôtelier avec dancing et casino, allant même jusqu'à imaginer de relier l'île à la terre par un téléphérique, un tunnel ou un funiculaire... Et finalement un hélicoptère…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aquarelle de M. Ducaruge architecte D.P.L.G.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aquarelle de M. Ducaruge. Architecte D.P.L.G.-Provence Magazine 12/10/1965

 

 

Le mythe américain à nouveau s'évanouit, et l'île passa à de nouveaux propriétaires. Vingt ans encore, l'île est abandonnée, livrée aux visiteurs à qui elle appartient désormais, car le rêve n'est à personne.

 

Achetée en juillet 2001 par de nouveaux propriétaires, elle retrouve la vocation de la fête que lui avait donnée Liane Degaby et sert de lieu d’exception aux manifestations de Relations Publiques ou d’événements privés.

 

A l'intérieur de l'île, il existe un puits naturel, une grotte marine dont l'eau, suivant l'heure, prend des teintes bleues ou vertes ... L'île n'en finit pas de susciter les passions, d'en appeler à l'imaginaire des hommes et de fendre de sa proue de rochers un ciel toujours plus profond.

 

D’après le textes d’ Adrienne BORRELLY-STRAPPAZZON

(extraits de la revue « Marseille – revue culturelle » N°181 de septembre 1997)